La diariste, dont on devine à travers quelques allusions qu’elle a beaucoup voyagé et vécu jusqu’alors – elle a la trentaine – dans les milieux du journalisme et de l’édition, décrit d’une plume alerte mais sans effets, avec une sorte d’objectivité froide, sans apitoiement, ni pathos, un quotidien fait de privations : l’ électricité, le gaz, l’eau, l’information sont rares ; la quête de nourriture est permanente et on ne partage guère ; le refuge dans la « cave-caverne » est incessant pour fuir tirs d’artillerie et bombardements. On vit ou survit avec la peur, la mort, « une dégradation partout menaçante ».
Puis, précisément, cette menace qui avance avec la progression des troupes russes et la déroute de l’armée allemande, dans un monde qui vit « la défaite des hommes en tant que sexe » : les viols de masse, le tribut du vainqueur. L’auteur le vit et l’écrit : « …l’ordure que je suis devenue…crache le sale morceau »
Elle s’en accommoderait même, car il s’agit de survivre : « l’obscure et surprenante aventure de la vie ne cesse de me stimuler »
On songe bien sûr à cet autre grand texte, un roman cette fois, de Hans Fallada, et pas seulement en raison de la ressemblance du titre français : Seul dans Berlin , piètre traduction de « Jeder stirbt für sich allein » (2) et aussi à ce roman policier très remarqué, œuvre de deux historiens, Richard Birkefeld et Göran Hachmeister : « Wer übrig bleibt,hat recht » ( 3) , dont l’excellente traduction de Georges Sturm reste malheureusement inédite.
On peut citer encore, sur les prémices des événements relatés dans les trois ouvrages cités – Histoire d’un Allemand (4) de Sébastien Haffner, un avocat-stagiaire qui a quitté Berlin en 1938
Emdé
(1) Folio N°4653 Gallimard 2006
(2) Folio N°3977 Denoël 2002
(3) DTV 2004
(4) Actes Sud 2003